1/4 - Dans la ligne d'un expressionnisme flamand issu des lourdes terres fertiles du Pays-Bas,  Wides apporte une vision caractéristique.

Parfois comparé à Permeke (beaucoup de gens ne peuvent dormir sans avoir des références), sa peinture apporte un souffle autre et une chose devrait à tout jamais le différencier du maître de Jabbeke: l'interprétation des mains.   Les fameux "battoirs ", inertes au bout des bras chez Permeke, ont une fonction nettement plus active ici, que ce soit pour caresser ou enserrer.
A noter aussi que les personnages de Wides sont confrontés à d'autres problèmes que les tempêtes, les inondations ou les guerres, ils vivent la pollution, la violence et la drogue.

Autodidacte en peinture, l'artiste est arrivé voici deux ans avec un éventail de "têtes" et de corps.  On pense un peu à Decaux parfois, surtout dans le jeu des courbes. Mais, contrairement au maître français qui utilise beaucoup les papiers, Wides s'exprime selon la tendance générale du tempérament flamand qui veut de l'huile sur la toile, en vertu de ce dualisme  si souvent souligné: mystique et sensuel.

Véritable bourreau de travail, Wides peint dans une sorte d'extase, éliminant par la suite les oeuvres qui ont perdu la parole. Ce détail mérite d'être souligné, trop de créateurs gardent les choses muettes, les toiles fatiguées et les bouts d'essai.
Il présente deux tendances pour la couleur: l'une étant dominée par un vert un peu froid rehaussé de quelques coups de jaune vitaminé ou de grenat pulpeux, l'autre étant d'ambre et de miel.  Cette dernière est véritablement régie par la chaleur, non pas celle du soleil mais celle d'un foyer qui peut être une maison chaleureuse.

Les couples ou les groupes que nous présente l'artiste évoquent toutes les formes de communication possible, de la naissance du désir au grand coup de gueule, en passant par l'attente résignée. Aucune allusion de lieu ne vient troubler leur message, les fonds unis sont absolument intemporels. Jamais le spectateur ne peut distraire son regard du sujet proprement dit.  Visages non précisés, attitudes qui parlent à la mémoire du visiteur, chacun situe l'image selon ses propres critères.

Ce n'est pas là le moindre atout de ce nouveau venu qui promet beaucoup.

Anita NARDON 
"Wides, homme de dialogue" (Août 1991)

 

2/4 - Wides n'a pas de prénom. C'est un nouveau venu bien qu'il ait montré déjà des oeuvres à la galerie Louis Hutse.  On l'a vu ici et là dans les expositions collectives, et le voici accroché, dans tout son primitivisme, à des cimaises à sa mesure.

C'est un autodidacte qui ne s'effraie pas de faire grand et qui trouve tout naturel de procéder à larges touches truellées.  S'il ne se dégageait des ses oeuvres une bonne grosse douceur, bourrue, un peu animale, on pourrait dire que Wides pratique une peinture de forcené, qui fonce les outils à la main et qui plaque sur la toile des femmes aux nudités de vieil ivoire ou des personnages brun sombre ou gris verdâtres attablés, blottis les uns contre les autres et ne sachant vraiment quoi se dire.

Ce sont des "enceintes" ou des "rendez-vous galants", ou des familles aux visages tannés éclairés durement, unies par un attachement primitif.  Parfois, un homme seul tend l'oreille, l'émotion empourpre son visage.  Il rêve en écoutant de la musique et il ouvre de grands yeux comme pour mieux entendre.  Généralement, les personnages de Wides sont fortement modelés, si l'on peut dire ainsi de leur construction abrupte, où l'ossature et les visages se trouvent brutalement révélés.

On pourrait dire qu'il s'agit là d'un art encore non totalement abouti, qui contient une puissance qui mériterait d'être mieux domestiquée.  Voila bien des promesses encourageantes; mais on est en droit d'exiger de ce créateur pu banal qu'il veuille bien prendre a vraie mesure et qu'il accepte de ne pas être célébré dès à présent comme une force de la nature et comme un rénovateur de l'expressionnisme.

Cela dit, on pourra pointer dans l'ensemble présenté un nombre suffisant de tableaux qui contiennent plus que des espoirs d'authenticité.

Stéphane Rey
L'Écho de la Bourse (14-16 décembre 1991 )

 

3/4 - Le peintre WIDES, qui n'a toujours pas de prénom, montre aujourd'hui ses gravures originales tirées à un seul exemplaire.  Elles sont originales, raffinées, en noir et en couleurs, d'une grande distinction et d'une légèreté de main remarquable.  Elles n'ont pas de titre en général, mais on s'en passe fort bien, car l'artiste, par la transparence étrange et la profondeur de ses estampes, ouvre au spectateur l'espace illimité d'une imagination où il a lui-même son rôle à jouer.

Si l'on songe à l'œuvre peinte de Wides, à ses personnages naguère encore fortement modelés, à leur construction abrupte, à leur ossature brutalement révélée, on constate que l'artiste a pris conscience de 'importance d'une certaine méditation, d'une réflexion sur le mystère de la matière, et qu'une spiritualité, à la fois grave et paisible, a envahi sa pensée.

Le petit monogramme d'inspiration asiatique, qui ponctue ses gravures comme un cachet d'authenticité, est révélateur d'un état d'esprit qui séduira les amateurs exigeants.

L'Écho de la Bourse ( 22 au 24 mai 1993)

 

4/4 - Artiste impulsif, Wides est un peintre qui agresse l'œil, mais qui parle à l'esprit. Il brosse à grands coups d'ocres, d'ambres, de gris ou de bleus délavés, des portraits improbables aux visages hallucinés et hallucinants.  Cet art, parfaitement expressionniste, est nimbé d'une émouvante tendresse qui rend ces "grandes gueules" terriblement attachantes. 

Wides organise ses toiles en grandes plages nerveuses, fouillées par un pinceau incisif. Il se refuse souvent aux séductions de la couleur rutilante et réserve son univers à des teintes sobres mais vigoureuses , soutenues par un fond sombre.
Seule, la valeur expressive de la forme et des coloris est admise ici.  Wides évite les pièges de l'imagerie séduisante et sa vision d'une indéniable originalité picturale se fonde sur un espace personnel. Il simplifie les formes jusqu'à n'en faire plus que des zones colorées, mouvantes ou figées. C'est l'abandon total au coup d'œil et la confiance absolue dans la sûreté du geste qui traduit.

L'œuvre de Wides vit avec ses cris, ses angoisses, ses désirs.  Et aussi avec le besoin d'être une vie partagée.

Désiré Roegiers
Tenue de Ville n°2 (Mars 1995)